Un océan inspirant et engageant : récits d’art, de culture et de science

Honiara

 

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Lors de la Conférence du Pacifique insulaire sur l’océan, la table ronde intitulée « Un océan inspirant et engageant : l’Océan en nous » a permis de montrer en quoi l’océan est une source d’inspiration et de savoir, qui façonne l’identité et imprègne l’art, la culture et la science des peuples océaniens. Les intervenants ont expliqué comment différentes expériences – transmission de récits, navigation ou encore travaux de recherche – servent à bâtir des ponts entre les générations, stimulent la créativité et l’unité, et contribuent à une gestion avisée de l’océan.

L’océan nous apparaît souvent comme une entité immense et inconnue, sans lien avec la terre. Pourtant, terre et océan entretiennent des rapports étroits, s’échangeant constamment eau, nutriments, organismes et énergie. L’un ne peut exister sans l’autre. ​​​​​​​C’est ce lien qui définit les États et Territoires océaniens, puisque l’océan constitue 98 % de leur territoire. Souvent qualifiés de « grands États-océan », ces pays sont tournés vers la vie marine, notamment les tortues et les poissons, mais aussi imprégnés par l’odeur salée des brises venues du large, qui fait partie intégrante de leur quotidien.

Lors de la Conférence du Pacifique insulaire sur l’océan, la séance intitulée « Un océan inspirant et engageant : l’Océan en nous » a permis de mettre en avant le rôle de l’océan comme source d’inspiration et vecteur de lien : symbole d’infini pour les artistes, incarnation d’un retour aux racines pour les Océaniens marqués par les migrations, et source de connaissance pour les scientifiques. Si l’océan a beaucoup à nous apprendre, il nous place également devant un défi. Pour reprendre les mots de feu Teresia Teaiwa, poétesse océanienne : « Notre sueur et nos larmes sont faites d’eau salée, car c’est bien l’océan qui coule dans nos veines. »

Il a donc été question de navigation traditionnelle et de continuité culturelle avec Simon Salopuka, et d’usage du récit au service d’une gestion avisée de l’océan avec Neil Nuia. Chloe Molou a quant à elle expliqué comment donner un nouveau souffle aux connaissances sur le littoral grâce à la transmission intergénérationnelle ; Genezy Ilolahia et Suelaki Tiatia ont pour leur part évoqué les récits qui se transmettent de génération en génération ainsi que l’identité océanique. Enfin, Caisy Ata a relaté son expérience de professionnelle de l’océan en début de carrière et Dorothy Wickam a salué la résilience culturelle dont témoigne la Fête du lagon de Roviana.

L’Océan nous inspire

Depuis la nuit des temps, l’océan est une source d’inspiration. C’est ce dont témoigne Neil Nuia, directeur artistique du Dreamcast Theatre aux Îles Salomon, qui travaille en lien étroit avec les communautés locales : « La mer nous relie : elle nous enseigne le rythme, la patience et l’art de l’écoute. »

Avec le collectif de jeunes artistes du Dreamcast Theatre, dont il est cofondateur, Neil et ses pairs réinventent le théâtre non seulement comme forme de divertissement, mais aussi comme vecteur de bonne gestion et de dialogue guidé par la culture. À Waitoto (Malaita Sud), à Lepi (Isabel) et à Pusiju (Vella Lavella), sa troupe a travaillé main dans la main avec des anciens, des jeunes et des femmes afin de mettre l’art et le récit participatifs au service de la gestion communautaire des ressources.

Pour Neil et ses collègues, l’océan constitue la trame même du récit ; l’art devient alors une pirogue, et les comédiens des navigateurs qui font voyager le public par-delà les mers et incarnent l’espoir en entonnant des chants de résilience.

Eux aussi inspirés par le grand bleu, les journalistes Genezy Ilolahia et Suelaki Tiatia expliquent que l’océan a guidé le choix du médium qu’ils utilisent pour raconter des histoires, à savoir le podcast. The Moanan est une plateforme média qui héberge les récits d’Océaniens et permet à ces derniers de se reconnecter à leurs racines.

« Lorsque nos ancêtres ont pris la mer, ils ont emporté avec eux des histoires – des souvenirs, des expériences et des savoirs. Aujourd’hui, nous perpétuons cette tradition orale avec de nouveaux outils. Nous avons créé une plateforme média qui mêle podcast, réseaux sociaux et talanoa pour continuer de faire vivre l’esprit du récit sur nos origines, notre identité et ce que nous sommes. Ces nouvelles formes de narration nous permettent de toucher les Océaniens dans le monde entier et de leur donner accès aux histoires de leurs aïeux d’une manière qui leur corresponde. »

À Vanuatu, Chloe Molou, membre de l’association culturelle Erromango, travaille sur le projet « Netai en Namou Toc » (Récits de notre Océan nourricier), dont l’objectif est de consigner et de faire revivre des récits anciens sur l’océan et un savoir sur le littoral. Dans le contexte du changement climatique, ce projet permet de préserver les connaissances ancestrales et de promouvoir la transmission des savoirs traditionnels dans le domaine de l’océan d’une génération à la suivante.

Comme les vagues qui charrient des récits d’un rivage à un autre, ces créateurs montrent en quoi l’océan continue d’inspirer de nouvelles formes d’expression, reliant les personnes et les voix à travers le Pacifique.

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L’Océan façonne notre identité

Le bien-être, la culture et les traditions des peuples du Pacifique sont intimement liés à l’océan. Simon Salopuka, fondateur et directeur exécutif du Vaka Taumako Project, explique que la navigation renvoie intrinsèquement à une identité et à une fierté ancestrales :

« L’océan garde la mémoire des traversées et de la découverte de nouvelles terres, comme lorsque nos ancêtres sont venus s’établir sur les îles du Pacifique il y a de cela des milliers d’années. Pour les peuples océaniens, la navigation est un moyen de préserver leur identité culturelle et de rendre hommage à leur histoire. »

La construction et la mise à l’eau d’embarcations sont des pratiques communautaires anciennes qui demeurent essentielles à la mission de l’organisation. Chaque étape, de la construction de la pirogue à sa mise à l’eau, représente un effort ancré dans la coopération et entrepris dans un but commun. Ainsi, l’océan devient un espace social au sein duquel les êtres humains sont unis par des liens d’interdépendance et d’appartenance.

Des pirogues comme Tepuke et Uto ni Yalo ont été accueillies avec joie et ont donné lieu à un renouveau culturel dans le Pacifique. Cette tradition se perpétue grâce à des programmes pédagogiques visant à enseigner aux jeunes l’art de la navigation et de la construction de pirogues. Aujourd’hui, les navigateurs sont également les gardiens de l’océan, et le trait d’union entre un respect ancestral de la nature et les principes modernes de bonne gestion environnementale.

C’est ce que confirme une journaliste des Îles Salomon, Dorothy Wickham, citant comme exemple la Fête du lagon de Roviana, qui marque le retour du Tomoko, une pirogue de guerre traditionnelle. « Durant cette fête, l’exposition de pirogues de guerre, les démonstrations de tressage et les baignades dans le lagon – qui sont autant de marques de fierté, de tradition et d’unité – permettent à la population de se reconnecter à son histoire », explique-t-elle.

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L’Océan a beaucoup à nous apprendre

Par son immensité et les innombrables savoirs qu’il recèle, l’océan a également beaucoup à nous apprendre. Lors d’une expédition scientifique sur l’écologie des thons à bord du Kaiyo-Maru, Caisy a travaillé aux côtés d’une équipe internationale de chercheurs en biologie marine, et a pu mettre sa formation au service d’une mission de recherche océanique sur le terrain. Elle a participé à des travaux d’échantillonnage visant à déterminer la conductivité, la température et la profondeur, l’objectif étant de comprendre de quelle façon les changements physiques de l’océan affectent les écosystèmes marins. En contribuant au déploiement et au suivi des équipements de recherche et en prenant part à des activités d’échantillonnage des nutriments, elle a appris à déterminer la productivité et la santé des milieux marins à partir de données chimiques.

« Durant l’expédition, j’ai pu constater chaque jour que l’océan recèle des secrets et abrite une vie aquatique qu’il nous faut comprendre si nous aspirons à un avenir résilient. Et puisque les pêches sont importantes dans la région, il est nécessaire de suivre les déplacements des ressources halieutiques et de connaître leur état. »

Pour atteindre ces objectifs, Caisy a contribué à une analyse d’ADN environnemental (ADNe), qui consiste à prélever du matériel générique dans l’eau de mer et à procéder à une identification afin de détecter la présence d’espèces marines. Grâce à son travail, une cartographie des déplacements des thons et d’autres espèces dans les vastes couches océaniques du Pacifique a pu être établie.

Ces expériences lui ont appris que l’océan n’est pas uniquement source de vie : il est aussi source d’enseignements. Chaque échantillon qui y est prélevé est porteur d’informations qui nous renseignent sur son fonctionnement.

Ainsi, l’océan continue de rassembler toutes les générations, encourageant chacun et chacune à faire preuve de responsabilité et de gestion avisée. Il nous apprend que prendre soin de lui, c’est prendre soin de nous : de notre passé, de notre avenir, et du monde que nous avons en partage.

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